Aucun pays au monde n'a connu un
développement aussi spectaculaire des arts martiaux que le Japon. Et aucun pays au monde
n'a su les garder aussi proches de leurs origines. Ceci est dû aux conditions
particulières de notre histoire, et notamment, au fait que le Moyen Age nippon, avec ses
guerres de Samouraï, n'ait pris fin qu'il y a un peu plus d'un
siècle (1868). Ce n'est pas la seule explication. Il y a, en plus, quelque chose
qu'il est difficile d'expliquer à un non japonais, et qui procède du cur
de l'homme (kokoro). Cela veut dire que, très tôt, les arts martiaux
devinrent les éléments de la vie quotidienne de nos ancêtres, qu'après la
recherche de l'efficacité à tout prix vint très vite celle de l'élégance du
geste et de ses fondements spirituels. Ainsi les arts du Budo furent rapidement
animés du même esprit que le chanoyu (la Voie du thé) ou l'ikebana
(art floral) par exemple la technique, le geste, quelle que puisse être leur efficacité
visible en soi, est surtout un moyen pour l'homme de s'élever. Ce climat
spirituel qui entoure les arts de l'authentique Budo est, hélas, trop souvent
occulté par leurs seuls aspects sportifs. Parmi les arts martiaux créés au Japon, le Judo
fut le premier à être connu à l'étranger et à s'y développer d'une
manière totalement inattendue par les premiers maîtres. Il est encore aujourd'hui
le plus universellement pratiqué.
L'instinct de conservation est une
universelle communément attribuée à tous les êtres de la création. Chaque homme la
possède à un degré plus ou moins développé ; c'est elle qui a donné naissance,
au cours des siècles d'expériences, aux techniques individuelles, puis, avec la
constitution des sociétés, aux véritables méthodes de combat. Avant que le Judo
ne se dégage de cette foule de méthodes, un premier tri avait été fait par les
maîtres de Ju-Jitsu, méthodes de combat qui sont les ancêtres directs du Judo
d'aujourd'hui et qui furent longtemps gardées jalousement secrètes par les
diverses écoles (ryu). Le vieux Ju-Jitsu est l'art de guerre le plus
typique du Japon et on en trouve des traces sérieuses dans des documents du VIIIèmesiècle, tels le Kojiki (recueil des choses anciennes) et le Nihon Shoki
(chroniques du Japon). Mais ce n'est qu'à partir du milieu de l'époque de
Muromachi (1392-1573) que le Ju-Jitsu prit de l'importance. Cette
période sombre de notre histoire, époque de luttes féodales, de désordre et de chaos
social, vit fleurir des dizaines d'écoles aussi fermées les unes que les autres et
dont seuls les noms sont parvenus jusqu'à nous : Yawara, Koshi No
Maxari, Hobaku, Kogusoku, Kempo, Tai-Jitsu, Wa-Jitsu,
Torite, Hakuda, Shubaku, Kumiuchi, etc. Le répertoire
technique ne devait pas être alors très élaboré et dérivait pour l'essentiel des
anciennes techniques du Sumo. Ces méthodes de combat consistaient d'ailleurs
à triompher d'un adversaire armé ou non, que ce soit avec ou sans armes. Le vieux Ju-Jitsu
incluait donc également des techniques d'armes. L'école la plus
représentative de ce temps, et qui a survécu, est Takenouchi Ryu, fondée en
1532, par un fils de Daimio (gouverneur féodal) après un temps d'ascèse
dans la montagne à l'issue duquel l'art du combat avec et sans armes lui fut
révélé, dit-on, par les Tengu (génies de la montagne). Mais c'est surtout
pendant la période d'Edo (1615-1868) que le Ju-Jitsu prit son essor
véritable. Ce fut une époque de paix et de retour à l'ordre désirée par
l'empereur, et les samourai désuvrés se mirent à fréquenter les
dojos dans le but de remplacer les champs de bataille. À ce moment, les techniques
s'affinèrent et s'imprégnèrent d'esprit.
Le XVIIème siècle fut la grande ère
du Ju-Jitsu : beaucoup d'experts, samourai ou maîtres
d'armes fondèrent des écoles portant leur nom et formèrent des élèves qui
ouvraient à leurs tours leurs propres écoles. La rivalité était terrible, les défis
nombreux et sanglants, les techniques primitives et souvent irrationnelles d'un point de
vue moderne. Mais les bases définitives de ce qui allait devenir le judo étaient déjà
jetées. Ainsi l'école Tenjinshinyoryu, classa les techniques de Katame-waza
(immobilisations), de Shimewaza (étranglements) et de Atemi-waza (coups
frappés) qui seront les premières bases sur lesquelles travaillera Kano Jigoro,
fondateur du judo moderne. De même, le principe de Nage-waza (projections),
principe de la souplesse, était la base de l'école Yoshin-ryu (école du
cur de saule), crée par ShiroheiAkiyama. Enfin, bien des fondements
de Kito-ryu se retrouvent dans le judo actuel et Kano Shihan a immortalisé
cette école à travers le Khoshiki-no-kata. Quant à l'esprit des techniques,
on en parle également déjà dans les archives de maintes anciennes écoles de Ju-Jitsu
où l'on recherchait plus l'élévation humaine que le combat réel. L'école Jikishin-ryu,
et quelques autres, avaient déjà adopté le mot de " Judo " avant que
cette appellation ne devienne populaire. On y trouve " Do " qui rappelle
la " voie " de la perfection, et " Ju " principe de la
souplesse ", aussi bien physique que mentale, dont il est déjà question dans la
pensé chinoise de l'E-Hui, qui ramène le monde àun équilibre
permanent entre le Yang (principe positif) et le Yin (principe négatif), ou
entre le "Go
" (le dur) et le " Ju " (la souplesse). L'école Shibukawa
interprétait le " Ju " dans un sens un peu différent mais également
révélateur de ses préoccupations spirituelles : " Ju " provenait
de " Jujun ", qui signifie " obéissance ", dans le sens de
" non-résistance ", de l'harmonie parfaite de notre action avec celle de
l'adversaire.
1868 fut une année terrible pour les arts
martiaux (Restauration de l'Empereur Meiji) car le Japon s'ouvrait à
toutes les influences étrangères et rejetait ses propres traditions. Les arts du Budo
perdirent tout prestige dans leur propre pays, supplantés par la vague de
modernisme Beaucoup d'écoles de Ju-Jitsu disparurent. Les derniers
maîtres survécurent difficilement, totalement abandonnés. Ce fut en ces temps
difficiles que grandit Jigoro Kano. Son rôle ne se borna pas seulement à
réaliser une synthèse cohérente des vieilles techniques oubliées de Ju-Jitsu ;
il posa définitivement l'idée que les possibilités de l'art martial
dépassaient largement le plan physique et que ce qu'il appelait alors " Judo
" (le suffixe " Do ", la " voie " remplaçant
définitivement celui de " Jitsu ", la " technique ") pouvait
être un fantastique moyen de développement moral pour l'individu d'abord, pour
la société tout entière ensuite. C'est cet idéal élevé qui sauvera le vieil art
martial de l'oubli. C'est à l'âge de 17 ans que le jeune Kano, de
nature chétive, décida d'étudier Tenjinshinyo-ryu avec maître
Hashinosuke Fukuda. Cette branche particulière du Ju-Jitsu se spécialisait
dans les attaques des centres nerveux et dans les techniques de frappe des poings. Lorsque
son professeur mourut, Jigoro Kano s'inscrivit au Kito-ryu, une
école spécialisée dans le Nage-Waza (techniques de projections au sol),
ainsi que dans d'autres écoles anciennes.
- Maître Jigoro Kano (1860-1938), fondateur du Judo en 1882.
Déjà sa synthèse personnelle prend forme. Il
introduisit le principe du tskuri-komi. Dès février 1882, il crée son propre
style qu'il appela d'abord Kano-Ryu, puis Judo du Kodokan (Judo
de " l'institut du Grand Principe "). Il ouvre son premier dojo dans le
petit temple bouddhique d'Eisho-Ji, avec 9 disciples (le premier élève fut Tomita
Tsunejiro) n'évoluant que sur une douzaine de tatamis. Un célèbre
combattant nommé Fukushima lança alors un défi à Jigoro Kano, lequel parvint à
remporter le combat avec une facilité déconcertante. Dès lors, la renommée de Kano
se répandit à une vitesse phénoménale. En août 1882, Saigo Shiro, une autre
grande figure du Judo, entre au Kodokan. Mais la solidité du vieux
bâtiment est mise en danger par la violence des chutes sur les tatamis et il
fallut très vite construire un nouveau dojo à l'extérieur. Le Kodokan
déménagea plusieurs fois. Ce fut entre 1886 et 1889, au dojo de Fujimi-Cho,
Tokyo, que la suprématie du judo du Kodokan allait définitivement s'établir
après, notamment, le grand tournoi entre le Judo et des combattants sélectionnés
par le Yoshin-ryu-ju-Jitsu qui vit l'écrasante défaite de ce dernier. Le
judo devint alors très populaire au Japon Le ministre de l'Éducation l'adopta
comme sport scolaire et il fut ajouté aux programmes d'entraînement des forces de
police. Ce fut également dans cette même période que la véritable fusion des vieilles
techniques s'établit sous l'impulsion de Kano qui modifia certaines
techniques à la lumière de ses premières expériences et avec l'aide de ses
premiers disciples (Kano avait présenté la première forme du Nage-No-Kata
en 1884, mais le modifia plusieurs fois par la suite).
Le nouveau Judo fut débarrassé de
l'esprit féodal des anciennes écoles de Ju-Jitsu, les vieilles techniques
furent examinées scientifiquement et un nouveau système d'entraînement fut
organisé (mise au point des Ukemi, techniques pour amortir les chutes sur les
tatamis). Ne voulant retenir que le point de vue éducatif, de rigoureuses éliminations
et sélections furent faites en bannissant de la nouvelle méthode tout ce qui pouvait
être dangereux à l'entraînement. Ainsi l'Atemi-waza fut pratiquement
éliminé au profit des projections et des immobilisations, qui pouvaient s'employer
en assaut sportif. Kano se rendit en Grande-Bretagne en 1885 et consacra une grande
partie de sa vie à la promotion du judo. À partir de 1905, après la victoire du Japon
sur la Russie, l'intérêt pour les choses étrangères déclinait et le nationalisme
reparut : le Judo profita de ce renouveau des traditions nippones. Les
Universités puis les écoles l'enseignèrent. Le Kodokan n'eut plus
l'exclusivité d'un sport revenu à la mode (ses grands rivaux furent, avant 1940, le
Butokukai de Kyoto et le Kosen, qui pratiquaient davantage le judo au sol et
dont l'efficacité était certaine) mais Kano Jigoro poursuivait
l'expansion d'un art martial dont il fut le premier à réaffirmer
l'intérêt, au cours de plusieurs voyages à travers l'Europe et les
Etats-Unis, jusqu'à sa mort en 1938. Ses neuf premiers élèves de 1882 devinrent
100 en 1886, 600 en 1889, et se comptent aujourd'hui par plusieurs millions rien
qu'au Japon.
- Photo prise le 24 juillet 1906 à Kyoto devant le centre d'entraînement du Butokukai
(Conservatoire des Arts Martiaux Japonais).
On y voit Jigor Kano (assis au centre, avec une canne)
entouré des principaux maîtres de Ju-Jitsu de l'époque.
Au Japon, les premiers championnats All-Japan
se déroulèrent en 1930 et lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, le judo était
devenu le sport national japonais. La Japanese Judo Federation vit le jour en 1949.
Les premiers championnats du monde eurent lieu à Tokyo en 1956 et, depuis 1965, ils se
déroulent tous les deux ans. Les championnats du monde féminins furent créés en 1980.
Cette compétition reflète l'intérêt grandissant des femmes pour le judo. Lors des jeux
Olympiques de Tokyo en 1964, le judo fut inscrit au programme, initialement avec trois
catégories de poids. Depuis 1972, il fait systématiquement partie des jeux olympiques.
Les épreuves féminines de démonstration ont été introduites à Séoul en 1988 et
devinrent une discipline olympique en 1992.
La diaspora du judo à travers le monde est une
histoire fantastique émaillée d'anecdotes hautes en couleur et ponctuée de
personnalités de premier plan, pionniers dont le souvenir s'estompe maintenant avec
les légendes d'un judo à l'efficacité mystérieuse qu'ils avaient
contribué à répandre. Un gros ouvrage ne suffirait pas à en faire la relation
complète. La première démonstration de judo faite en France (1889) l'a été par Jigoro
Kano lui-même, au cours d'un premier voyage en Europe ; mais elle passa
inaperçue. C'est en Grande-Bretagne que s'ouvrirent, dans les premières
années du siècle, plusieurs clubs animés par des experts japonais, cours également
fréquentés par deux Français. L'un d'eux, Guy de Montgrilhard, dit Ré-Nié,
lutteur et judoka, ouvrit une salle à Paris en 1904. Le succès du Ju-Jitsu de RéNié
allait grandissant, au fur et à mesure des victoires qu'il accumulait à l'issue de
défis spectaculaires, jusqu'au jour où Ré-Nié succomba devant un imposant
lutteur russe. Les amateurs de sports de combat se détournèrent aussitôt du Judo.
Cependant, aux alentours de 1905, la police de
Paris commença la pratique du Judo. En 1908, Le Prieur est le premier
Français à étudier aux sources mêmes. Il suit des cours au Kodokan mais, de
retour en France, ne persévère pas au-delà de quelques démonstrations publiques. En
1918, le premier club européen de judo, le Budokwai, ouvrit ses portes à Londres.
Il était dirigé par Gunji Koizumi (1885-1965), qui contribua à faire connaître le judo
en Angleterre et dans le reste de l'Europe. Il enseignait encore au Budokwai la
veille de sa mort, à l'âge de quatre-vingts ans. À partir de 1924, nouvelle tentative
d'implantation du Judo en France : Keishichi Ishiguro, 5èmeDan
du Kodokan arrive à Paris où il enseigne dans plusieurs dojo, multipliant
les manifestations de propagande, tout en se déplaçant également dans toute
l'Europe. Personnalité toutefois peu attachante, le professeur japonais ne laissera
même pas l'embryon d'un premier développement du Judo en France.
L'étape décisive se place une dizaine d'années plus tard. C'est la
rencontre, en 1933 puis en 1934, de M. Feldenkrais avec Kano Jigoro, venu
deux nouvelles fois en France où il prononce des conférences. M.Feldenkrais
sera l'un des animateurs du Ju-Jitsu-Club, rue Beaubourg à Paris, où viendra
enseigner, en premier lieu, M. Kawaishi, que l'on fit venir de Londres en
1935. Alors 4èmeDan, Kawaishi Mikinosuke, va cristalliser
autour de lui les premiers judokas français, au Jiu-Jitsu-Club de France, enfin au
club Franco-Japonais. Ce fut pour beaucoup une révélation. Personnalité dynamique, fin
psychologue, Judoka efficace, M. Kawaishi exercera sur le judo français une
férule incontestée quoique ne plaisant pas à tout le monde, en raison du caractère
jugé trop autoritaire et l'aspect dictatorial des méthodes du Shihan. M.
Kawaishi impose sa méthode personnelle, codifiée suivant une nomenclature jugée
plus conforme à l'esprit occidental ; de plus, il crée les ceintures de couleur,
correspondant aux grades intermédiaires entre le débutant et la ceinture noire, qui
n'existaient pas dans le judo japonais, et dont le succès fut incontestable.
L'action de M. Kawaishi sur le Judo
français fut décisive et les premiers championnats de France purent se dérouler à la
salle Wagram Paris, le 31 mai 1943 devant 3 000 spectateurs, qui virent la victoire de Jean
de Herdt, alors 2èmeDan. Lorsque le maître regagna le Japon en
1944, il laissa une cinquantaine de ceintures noires en France. Il revint, 7èmeDan, en 1948. Entre temps les choses avaient beaucoup évolué et le développement
du Judo allait rapidement créer des affrontements dépassant la personnalité de M.
Kawaishi. D'abord section de la Fédération Française de Lutte, le Judo
est enfin officiellement reconnu dans le cadre de la Fédération Française de Judo
en 1947 (F.F.J.). Ce fut le Judo " Fédéral ". Mais, quelques mois plus
tard se constituait le Collège des Ceintures Noires, organisme opposé au premier.
C'est dans ce contexte tendu que M. Kawaishi revint. Il réussit à maintenir
l'unité du Judo français jusqu'en 1951-52 assisté de Shozo Awazu,
6èmeDan, à partir de 1950. La véritable brèche dans
l'autorité du maître sera l'arrivée, en 1951, de Ishiro Abe au Shudokan
de Toulouse. Ce fut cependant également l'année des premiers championnats
d'Europe, à Paris, où les judokas français raflèrent tous les titres, en équipe
comme en individuels, et où Jean de Herdt reçut le 4èmeDan
des mains de Kano Risei, fils du fondateur, Président de l'Union
Internationale de Judo. Belle consécration du travail de M. Kawaishi. Mais,
dans le Midi, Ishiro Abe faisait découvrir un nouveau Judo, tout de
souplesse et de dynamisme. On parla de véritable révélation qui, forcément, ternit
l'image de M. Kawaishi dont l'influence sur les affaires du Judo
français allait décliner rapidement.
En 1954 fut crée l'Union Fédérale
française d'Amateurs de Judo Kodokan, (U.F.F.A.J.K.) s'opposant la Fédération
Française de Judo. 1956 est l'année du premier championnat du monde Tokyo et
celle de la création de la F.F.J.D.A. (Fédération Française de Judo et Disciplines
Assimilées), à partir de la réunification de I'U.F.F.A.J.K. et de la F.F.J.
Mais, dans le même temps, le Collège National des Ceintures Noires, animé par M.
Jazarin, reprend son autonomie. C'est l'époque où les organismes se
multiplient, plus ou moins éphémères, nourris des passions des uns et des autres et
où, à la faveur de tant d'animation, le judo français développe ses effectifs de
façon décisive. Rien n'arrêtera plus cette lame de fond.
- Tentative de projection sur O-Soto-Otoshi
("Grande Projection Extérieure").
- Marie Claire Restoux (catégorie -52 Kg)
en demi-finales des Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996.
En 1957 sont créées trois catégories de poids
aux championnats d'Europe (légers, moyens et lourds), ce qui débute une nouvelle
querelle et provoque un nouveau schisme parmi les judokas français. En 1965 cependant
deux nouvelles catégories de poids s'ajoutent, complétées en 1977 à sept
catégories. En 1971 un protocole d'accord est signé entre la F.F.J.D.A. et le
Colège des Ceintures Noires, la réunification devenant affective en 1974. Enfin,
1972 marque la reconnaissance définitive du Judo comme discipline olympique.
Durant ces quinze années, les effectifs passaient de trente mille à deux cent soixante
mille pratiquants. La progression était également qualitative puisque aux jeux
Olympiques de Munich, en 1972, la France s'adjugeait trois médailles de bronze (J.-J.
Mounier, J.-P. Coche et J.-C. Brondani), que Jean-Luc Rougé
devint champion du monde à Vienne en 1975 et que Thierry Rey obtint l'or en
super-légers aux championnats du monde de 1979 tandis que des médailles d'argent
revenaient à Delvingt, à Tchoulloyan, à Sanchis et à Rougé.
Résultats éloquents d'un travail en profondeur, reflet d'une excellente
organisation au niveau national, répercutée à tous les niveaux par des cadres
compétents, 1979 a été une date pour le judo français honoré par ailleurs de la
promotion de Henri Courtine, 7èmeDan, directeur de la
F.F.J.D.A., élu directeur sportif de la Fédération Internationale de Judo à son
Congrès de décembre de la même année. Mais il n'y a pas que le Judo de
compétition, le fer de lance d'une politique de développement, celui qui est le
plus connu au niveau du public ; il y a actuellement environ 500 000 licenciés à la
F.F.J.D.A. chiffre que l'on peut pratiquement doubler si l'on compte les Judokas
inscrits dans les fédérations omnisports (U.F.O.L.E.P., F.S.G.T.). C'est à eux
tous qu'on a songé aux assises de l'Assemblée Générale de juin 1980,
Strasbourg, lorsque l'on décidait de créer un Grand Prix Technique masculin, pour
rappeler que le judo devait rester un art avant tout et pas seulement un révélateur pour
une mince élite sportive. C'est ainsi rappeler que le judo doit avant tout rester un
sport d'équilibre, physique et mental, au service de l'esprit, un véritable
art de vivre qui prend toute son importance dans une civilisation qui veut promouvoir les
loisirs. Et pour les très jeunes pratiquants (70 % des effectifs sont des enfants), le
judo doit rester une école de caractère, de découverte de soi-même. C'est la vocation
que lui avait trouvée Kano Jigoro Shihan.
Toutes les sociétés du monde ont connu leurs
arts martiaux, avec ou sans armes, mais ces techniques sont souvent tombées dans
l'oubli. Il reste que certains dessins exécutés par Albrecht Durer à
l'époque de la Renaissance indiquent clairement que les occidentaux connaissaient
déjà certaines projections, notamment celles de hanche et de jambe. En Occident, on a
ainsi retrouvé des dessins démontrant que le Moyen Age n'ignorait rien de la "planchette
japonaise"... Il est impossible de connaître toutes les interférences entre
les cultures ni le sens des échanges. Dans toutes les techniques martiales actuellement
connues les apports ont été d'origines multiples, mais leur codification
définitive reste le fait du peuple qui en a gardé le souvenir et les a fait connaître.
En ce sens elles peuvent, comme c'est le cas pour le judo, devenir un
véritable véhicule culturel.
Les Judokas constituent une grande
famille. Il n'y a aucune rivalité réelle entre les pratiquants dans la mesure où
la présence du partenaire est indispensable à l'évolution physique et mentale.
L'adage " Amitié et prospérité mutuelle " définit une
des caractéristiques du Judo. Les combattants évoluent dans le respect d'un
règlement intérieur tout en suivant le code moral du Bushido qui définit la
conduite de tout guerrier. En rendori, le seul adversaire à vaincre est celui qui
existe en soi-même. Le partenaire est là pour nous aider à surpasser nos propres
limites, à améliorer nos techniques, notre corps et notre esprit.
- Utilisation accentuée de l'élan de l'adversaire lors d'une projection de hanche...
Les pratiquants portent des Judo-Gi, des
vêtements fabriqués dans un tissu de coton épais. La première chose qu'apprend le
Judoka est l'Ukemi-Waza, où l'art d'amortir sa chute. Ces
techniques consistent à protéger ses parties vitales (tête, colonne vertébrale,
cervicales ) en évitant à celles-ci d'entrer en contact avec le sol au moment
de l'impact et en dissipant l'onde choc dévastatrice grâce une technique de brise-chute.
Dès lors, le pratiquant est apte à découvrir le rendori. Ces combats libres
représentent près de 80 % du Judo. Les Judokas doivent alors
s'apparier et s'entraîner à imposer leurs gardes (Kumi-Kata) afin de
projeter leur adversaire au sol. Au début, l'apprentissage consiste à esquiver
l'attaque en cherchant à absorber l'énergie déployée par l'adversaire
de la même manière que le palmier plie sous le vent pour ne pas se briser. C'est à
se moment que les pratiquants se verront enseignés des techniques plus complexes dont le
but est d'utiliser la force adverse ainsi contrôlée, amplifiée puis réutilisée
à l'insu du partenaire. Ces notions du " Meilleur emploi de
l'énergie " et du " maximum d'efficacité pour
minimum d'efforts " font parties intégrantes du Judo et illustrent
parfaitement le bambou dont la souplesse lui permet de se débarrasser du fardeau
qu'est la neige. C'est l'obéissance à cette règle qui permet au petit ou
au faible de vaincre un adversaire physiquement plus fort, dans la mesure où c'est
l'application systématique des principes de la dynamique.
- Le Judo olympique que nous connaissons
à le Ju-Jitsu pour origine.
- David Douillet place un Uchi Mata à son adversaire
espagnol lors des Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996.
La Fédération Française de Judo,
créée en 1947, regroupe aujourd'hui près de 460 000 licenciés. Ce sport est le plus pratiqué des arts martiaux. La France
est, après le Japon, l'un des pays du monde où le Judo s'est le plus
développé La France obtient d'excellents résultats dans les compétitions
internationales. C'est ainsi qu'Alexandre fut champion olympique en 1988 dans la
catégorie des poids légers, et que les Françaises Nowak, en super-légères,
et Fleury, en mi-moyennes, furent championnes olympiques en 1992.
David Douillet fut trois fois champion du monde en 1994, 1995 et 1996, ainsi que champion olympique en 1996.
L'équipe de France messieurs remporta la coupe du monde par équipes - qui a lieu
tous les quatre ans - en 1993.